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Faire participer les enfants pour développer les mobilités actives

Des enfants heureux et actifs. C’est bien ainsi que nous souhaitons les voir grandir. Or, les chiffres sont alarmants ! Les enfants sont de moins en moins en bonne santé. En particulier à cause du manque d’activité physique. La Fédération française de cardiologie nous alertait encore en mai 2021 : depuis 40 ans, les enfants ont perdu 25% de leur capacité cardio-vasculaire (1). Cela hypothèque leur avenir, à court, moyen et long terme. Comment y remédier ? Bien sûr, on pense tout de suite aux fameux écrans et autres loisirs sédentaires. Mais il est également possible d’intégrer l’activité physique dans sa journée, en modifiant quelques habitudes. Cela concerne les déplacements quotidiens des enfants dont la mobilité pour se rendre à l'école.

Vélo et marche comme solutions à l’inactivité physique des enfants

A l’heure actuelle, environ un enfant sur deux de maternelle et du primaire est conduit en automobile individuelle à l’école (2). La principale raison avancée pour cette habitude sédentaire est la crainte des parents quant à la sécurité des enfants (3).

Les parents craignent de laisser leurs enfants marcher ou pédaler pour aller à l’école. Ils prennent donc l’automobile pour s’y rendre. Ce qui accroit le sentiment d’insécurité autour des écoles. La mobilité active des enfants est freinée par un ensemble de comportements dont il est bien difficile de sortir individuellement.

Face à l’augmentation du trafic motorisé et à l’augmentation de la taille des véhicules (4), il est urgent de repenser les aménagements d’accès aux écoles pour faciliter la mobilité active des enfants. Revoir les aménagements et les cheminements piétons et vélos pour les enfants est une étape indispensable et prioritaire. L’apprentissage du Savoir rouler à vélo en fait également partie. Mais la solution globale doit aussi inclure la participation des parents et, idéalement, la participation des enfants. 

Les effets multiples de la pratique des mobilités actives chez les enfants

Parmi les différents impacts que peuvent avoir l’accroissement de l’usage du vélo et de la marche chez les enfants, les effets sur la santé physique, dans un contexte de lutte contre la sédentarité et l’inactivité physique, constituent le principal enjeu. Au-delà de répondre à cette préoccupation centrale, l’augmentation de l’usage des modes actifs, notamment pour se rendre à l’école, peut également avoir un impact sur le développement du lien social entre les élèves. Les déplacements à pied ou à vélo invitent à des discussions entre élèves hors de l’école que les trajets en voiture ne permettent pas. L’usage de la marche et du vélo peut aussi améliorer l’autonomie des enfants, leur capacité à se repérer dans l’espace et leur permettre d’intégrer les règles et les normes liées aux déplacements dans l’espace public dès le plus jeune âge (5). Par ailleurs, on sait aussi qu’un enfant qui développe l’habitude de se déplacer à vélo a plus de chances de devenir un adulte cycliste. Une raison de plus de commencer jeune.

En outre, les déplacements en mode actif vers ou depuis l’école ont l’avantage de pouvoir se faire sans les parents à partir d’un certain âge. En développant l’autonomie des enfants, les parents peuvent se libérer des déplacements à motif d’accompagnement. Ces derniers constituent une tâche domestique importante de la vie des ménages (6) qui contraint en particulier la mobilité des femmes. Sans toutefois être exhaustifs, ces différents points témoignent que les objectifs liés au développement de l’usage des modes actifs chez les enfants ont des impacts pluriels et enchevêtrés, affectant à la fois la vie des enfants et celle des parents.

Les mobilités actives des enfants par la participation et l'engagement en France

Face à ces constats, l’Académie des Mobilités Actives (Adma) rappelle l’importance d’intégrer dès la conception des politiques de mobilités actives et des espaces publics les besoins particuliers des enfants. Ceci afin de leur permettre de se saisir de la marche et du vélo au quotidien dès le plus jeune âge et ainsi, d’augmenter durablement leurs parts modales.

En France, certaines municipalités, convaincues de l’importance de mettre en place des « Villes à hauteur d’enfant », ont instauré des délégations spécifiques (7). C’est le cas à Rennes, à Grenoble, à Lille et à Lyon. À Rennes, Lucile Koch-Schlund, Conseillère municipale déléguée à la Ville à taille d’enfant, porte l’ambition d’agir de façon transversale, au-delà de l’aménagement des aires de jeu et des cours d’école. Il s’agit en effet de prendre en compte les besoins des enfants et de leurs parents dans les politiques d’urbanisme, avec une attention portée aux seuils des trottoirs ainsi qu’aux cheminements piétonniers, par exemple, mais aussi de rendre la ville plus ludique, en répertoriant par exemple les lieux favorables aux enfants (8).

Une autre manière de tenir compte des besoins des enfants dans la fabrique des mobilités actives est de les intégrer directement aux réflexions sur les projets. Dans certaines collectivités, des Conseils Municipaux des Enfants ont été créés, qui leur permettent de participer à la vie publique et donc d’avoir voix au chapitre. L’association nationale des conseils d’enfants et de jeunes, l’Anacej, anime un réseau d’élu·es et de professionnel·es dans le domaine de la participation enfance jeunesse. Elle compte à ce jour 400 collectivités adhérentes qui font vivre de telles instances (9).

Mieux encore, des outils spécifiques de participation pour impliquer les enfants à la construction des politiques de mobilités actives existent. L’association d’éducation populaire Robins des Villes identifie trois niveaux d’intégration des enfants : sensibilisation, participation et concertation. À chacun de ces niveaux, des outils spécifiques permettent aux enfants de comprendre les enjeux et de s’impliquer activement. A Saint-Fons, dans la Métropole du Grand Lyon par exemple, des élèves ont été invités à participer à la végétalisation de leur ville en participant à un chantier de plantation (10).

Les apports internationaux pour développer les mobilités actives des enfants

Le rôle de l’Académie des Mobilités Actives est d’explorer les exemples français, mais aussi de s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger. Sur le sujet de la participation des enfants, il existe de multiples exemples à l’international.

La participation des enfants et des jeunes est une condition essentielle d'une politique favorable aux enfants et aux jeunes selon la municipalité de Gand, Belgique (11). Lors de l’élaboration du schéma directeur de Gand les enfants et les jeunes ont été définis comme un « partenaire privilégié ». Afin de les faire participer à la réflexion, plusieurs écoles ont été visitées pour engager et motiver les jeunes à développer leurs propres idées. Toutes les idées sont transférées sur la plateforme numérique et différents outils sont utilisés pour partager ce qui a été collecté. La municipalité propose ensuite un soutien pour le développement des idées et des concepts les plus pertinents.

Pour motiver les 44 000 enfants d’Oslo à aller à pied ou à vélo à l’école, la ville a notamment décidé d’interroger les enfants sur leur sentiment de sécurité lorsqu’ils se baladent dans la ville (12). Cela s’exprime avec des techniques de ludification (gamification en anglais) (13) où les utilisateurs jouent le rôle d’agents secrets pour la municipalité. Avec une application mobile, les enfants envoient leurs commentaires à propos de leurs ressentis relatifs à leur chemin domicile - école, indiquant les points difficiles et lieux sensibles. Les données de l’application ont été utilisées pour prioriser les réaménagements et ont par exemple permis d’améliorer plusieurs passages piétons et trottoirs.

Dans une zone défavorisée de São Paulo, de nombreux enfants sortent rarement dans l’espace public car celui-ci est considéré comme trop dangereux. Avec l’aide des enfants, le projet Criança Fala a transformé les espaces publics par le jeu et l’art (14). Les responsables des services municipaux ont reçu une formation sur la participation des enfants, contribuant à une meilleure compréhension de la méthodologie et à sa reconduction dans d'autres quartiers.

Poursuivre la réflexion sur la mobilité active des enfants avec vous

La réflexion de l’ADMA s’inscrit dans la continuité des initiatives existantes. Nous sommes intéressés à partager vos travaux et vos initiatives sur ce sujet. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez engagé des projets en faveur de la participation des enfants aux politiques de mobilités actives. L’ADMA continuera également ses travaux sur la mobilité active des enfants et nous vous en ferons part sur ce site.

Sources :

(1) https://fedecardio.org/presse/les-enfants-ont-perdu-25-pour-100-de-leur-capacite-cardiovasculaire/

(2) https://onaps.fr/wp-content/uploads/2020/10/190917_ONAPS_RC-2018-final.pdf

(3) Les parents et les transports domicile-établissement scolaire, Sondage IFOP – EcoCO2 septembre 2020 (infographie) https://www.moby-ecomobilite.fr/sondage-ecomobilite-scolaire/

(4) Les SUV représentent plus de 40% de parts de marché des voitures individuelles neuves en 2020-2021, contre environ 25% il y a seulement 5 ans. https://www.jato.com/european-new-car-market-starts-2021-with-record-market-share-for-suvs/

(5) van den Berg P. et al., 2020, Factors affecting parental safety perception, satisfaction with school travel and mood in primary school children in the Netherlands, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214140520300414?via%3Dihub

Risotto A. et Tonucci F., 2002, Freedom of movement and environmental knowledge in elementary school children, https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272494402902434

(6) Motte-Bauvol, B. et al. 2012, Gender differences for escorting children among dual earners families in the Paris Region, 3th International Conference of the International Association for Travel Behaviour Research (IATBR), Toronto, Canada, https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00852990

(7) De nombreuses autres initiatives en faveur des mobilités actives des enfants existent, comme les dispositifs de « Rues aux écoles » ou le réseau « Villes amies des enfants » porté par l’Unicef. Ces initiatives pourront faire l’objet de travaux ultérieurs de l’Académie des Mobilités Actives.

(8) Alain, P.-H.. (2020, 14 juillet). Rennes, la ville « taille enfant ». Libération. Rennes, la ville «taille enfant» – Libération (liberation.fr)

(9) Anacej. (s. d.). « Qu’est-ce que l’Anacej ? ». https://www.anacej.fr/

(10) Elise Dehédin. (2021, 23 mars). Comment travailler avec des enfants sur des projets d’aménagement ?  [Présentation faite lors du webinaire « Agir pour des abords d’écoles sûrs et accueillants », organisé par le Cerema et Rue de l’avenir]. Robins des Villes. https://www.cerema.fr/fr/actualites/1200-personnes-reunies-agir-abords-ecoles-plus-surs

(11) https://www.childinthecity.org/2016/04/13/interview-with-youth-alderman-for-ghent-2016s-host-city-elke-decruynaere/

(12) Henriquez, L., Sena, N., Voisin-Bormuth, C., & Wright, H. (2018). Le futur des espaces publics. https://www.lafabriquedelacite.com/wp-content/uploads/2018/09/201805_Espace-Public_LFC.pdf

(13) Application de mécanismes ludiques à ce qui ne relève pas du jeu. Source : Le Robert Dico en ligne. (s.d.). Ludification. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/ludification

(14) Arup, (2017) Cities Alive Designing for urban childhoods, https://www.arup.com/perspectives/publications/research/section/cities-alive-designing-for-urban-childhoods